JUSTICE : Samir : D’une histoire glorieuse à une liquidation sans fin

Le lieu est à lui seul un symbole: le théâtre Abderrahim Bouaâbid à Mohammedia. C’est là où le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole a tenu, jeudi 31 octobre, sa première assemblée générale annuelle . Son coordinateur national, Houssine El Yamani, prend la parole pour rappeler qui était Abderrahim Bouaâbid.

L’une des voix porteuses de la gauche marocaine, «ministre de l’Economie au gouvernement national de Abdallah Ibrahim». La raffinerie en cours de liquidation a été créée durant son mandat, en partenariat avec les Italiens: 1959 marque ainsi la naissance de la Société maroco-italienne de raffinage (Samir). Le Roi Mohammed V l’inaugure un an après et depuis cette date la ville de Fedala est devenue Mohammedia.

La grande histoire a tourné au vinaigre pour les 716 salariés d’abord. Leurs revenus «mensuels nets ont fondu de 60%». Ils étaient 1.150 avant l’arrêt d’activité de la compagnie en août 2015: démissions, retraites, décès, maladies graves. Les employés ont droit à une couverture médicale a minima. Ils continuent à se présenter à leurs postes de jour comme de nuit. Les fournisseurs et leurs 3.000 emplois directs ont été décimés suite à la cessation de la production.

«Notre conviction a toujours été de défendre d’abord un dossier ayant une portée patriotique et stratégique pour la souveraineté énergétique du Maroc. Mais sans pour autant négliger ses enjeux sociaux», assure Najib Rami, délégué syndical du personnel affilié à la CDT. Samir est l’unique raffinerie du Royaume.

La cour d’appel de commerce de Casablanca peine depuis trois ans à lui retrouver un repreneur: plus d’une trentaine d’offres sans lendemain. Six administrateurs sur dix ont été condamnés pour faute de gestion et à cinq ans de déchéance commerciale. Mohamed Hussein El Amoudi et ses acolytes continuent à se la couler douce… à l’étranger.

La justice a ses limites! Les salariés n’ont plus que leurs yeux pour pleurer et le Front national pour agir. Jeudi dernier, la salle n’était pas aussi pleine qu’au printemps dernier, et encore moins en personnalités publiques ou politiques.

Salah El Ouadie, fondateur du Mouvement Damir (conscience) et auteur de «Lettre ouverte à mon tortionnaire», est l’un des rares à avoir répondu présent. Des représentants de l’Association marocaine des droits de l’homme et de l’association altermondialiste Attac se sont aussi manifestés.

Le bâtonnier Abderrahman Amer s’est «excusé pour son absence liée à des raisons professionnelles» via la voix de son représentant. Quelles seront finalement les prochaines démarches? Amplifier à la fois l’aspect politique et judiciaire de cette affaire… d’Etat. La privatisation de 1997 a laissé plus que des séquelles.

Source : https://www.leconomiste.com/article/1052699-samir-d-une-histoire-glorieuse-une-liquidation-sans-fin